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À la lumière du petit matin - Journal intime

  • Photo du rédacteur: Leslie Garoyan
    Leslie Garoyan
  • il y a 13 minutes
  • 7 min de lecture

Il y a des livres qui vous tombent dessus comme une gifle douce. Ils ne viennent pas pour consoler, ni pour vous border gentiment dans vos certitudes. Ils sont là pour secouer, réveiller, et dire d'une voix ferme et tendre à la fois : « Hé, toi. Oui, toi. Ta vie t'attend. Arrête de faire semblant. »

À la lumière du petit matin d'Agnès Martin-Lugand a été ce livre-là pour moi.

Je l'ai lu un soir d'été, seule à Paris pendant ma formation de 200h de yoga. K.O., une tisane qui refroidissait à côté de moi, le roman entre les mains, la vue sur le canal Saint-Martin.

Page après page, j'ai eu l'impression qu'Agnès Martin-Lugand me regardait droit dans les yeux en me disant : « Alors, Leslie, tu comptes attendre encore combien de temps ? »

Je ne vais pas vous mentir : l'héroïne de ce roman, je la connais par cœur. Je l'ai été.

Une femme amoureuse à Paris — cette ville qui vous ensorcelle et vous bouffe —, piégée dans une relation avec un homme qui ne peut pas vraiment l'aimer. Un homme qui ne sera jamais libre, et surtout qui n'assumera jamais la « situationship ».

Ces histoires où on se consume en silence. Où on devient experte en contorsions émotionnelles pour se convaincre que oui, oui, c'est de l'amour, même si on dort seule la plupart du temps. Même si on attend des messages qui n'arrivent jamais. Même si on sait, au fond, que ça ne mènera nulle part.

Et moi, pendant ce temps-là, je faisais semblant d'aller bien. Je souriais. Je travaillais. Je m'occupais de ma fille, mon seul vrai soleil dans ce bordel émotionnel.

Et puis en lisant le roman, un tournant s'est opéré.

L'héroïne ne se montre pas spécialement courageuse en prenant les devants d'une vie qui la fait clairement sombrer. Non. Elle est mise devant le fait accompli. C'est le corps qui dit stop. L'accident qui devient le point de départ forcé. Elle part dans le seul endroit qui la ressource, qu'elle connaît et qui la rassure : la Provence. C'est alors que commence la lente descente aux enfers nécessaire à la reconstruction.

Après avoir posé les fondations, le roman démarre sur son thème central : Peut-on être heureux lorsqu'on se ment à soi-même ?

Hortense approche de la quarantaine. Elle enseigne la danse, vit à Paris, et entretient une relation avec un homme marié. À première vue, tout « fonctionne ». Mais quelque chose cloche : un vague à l'âme s'installe, comme une dissociation douce où elle devient spectatrice d'elle-même. Puis survient un accident — un choc qui dérègle la mécanique et l'oblige à se regarder en face.

Son histoire suit alors une trajectoire de retour : aux lieux, aux liens, au corps, à la vérité. Au fil de décisions qui font mal mais libèrent.

Le roman traite la faille et la dépendance affective que nous avons tous pu traverser à un moment donné. Celle qui nous frappe en pleine face lorsqu'un événement fait voler en éclats nos vies sur pilote automatique.

Si Agnès Martin-Lugand est souvent rangée dans la vague des « romancières qui font du bien », avec des phrases accessibles mais travaillées par la répétition et leur musicalité discrète, elle touche au cœur par l'impression de sa pensée vraie et sans démonstration qui crée une identification massive chez les lecteurs. Elle ne sonne jamais mièvre dans cette écriture tournée vers la réparation.

Sa force, et ce que j'apprécie tout particulièrement dans ses romans, c'est de rendre universel un moment du quotidien tout à fait banal en diagnostic existentiel.

Le voilà son pouvoir magique, et c'est d'ailleurs bien souvent — pour ne pas dire constamment — le pouvoir de la lecture.

Et moi, seule avec mon bouquin, je me suis donc posée la question.

Est-ce que moi aussi je me mens à moi-même ?

La réponse est arrivée comme une évidence. Une évidence tellement énorme que je me suis demandé comment j'avais fait pour ne pas la voir avant.

Oui. Évidemment oui.

Mais au-delà du simple constat qui permet de faire le bilan, la projection commence et la bonne foi laisse place à la peur. Celle qui vous transperce les tripes et vous réveille la nuit à coups de crises d'angoisse. Votre corps se met en mode survie, le danger approche.

Ça ferait quoi si on décidait d'être heureux ? De se laisser aller à l'aventure de nos vies ?

Si on vivait nos rêves plutôt que de rêver nos vies ?

C'est bateau ? Peut-être… mais tellement juste.

Terrifiée devant ce constat, j'ai pensé à mon père, à son ultra-positivisme qui exaspère ma mère, et je l'ai entendu me poser la question :

Si je te garantissais le succès financier, tu n'as plus jamais besoin de te soucier d'argent ma fille, tu ferais quoi ? Qu'est-ce qui t'anime ? À quoi ressemblerait ton quotidien ?

Le premier, c'est sûr, c'est publier un roman… vivre en écrivant des histoires !

Quitter Genève. Acheter une maison en Provence. Donner mes cours de yoga au soleil. Organiser des retraites dans une maison pleine de livres et de lumière. Ouvrir une maison d'hôtes où les gens viendraient respirer, lire, se poser. Peut-être même un café-boutique-librairie avec des étagères qui craquent sous le poids des romans et des théières qui fument sur des tables en bois. Un endroit où on boit des Spritz en terrasse et où l'on écoute de la musique live.

Et là, j'ai eu peur. Une peur énorme. Celle qui vous prend aux tripes et vous dit : « Tu es folle. Tu ne peux pas faire ça. C'est irresponsable. Tu as une fille. Tu as des responsabilités. Tu ne peux pas tout plaquer comme ça. »

Sauf que si. Bien sûr qu'on peut. Personne ne vous met réellement le couteau sous la gorge qui vous empêche d'avancer. La vraie question, c'est : Sommes-nous capables d'accepter temporairement l'inconfort dû à ces changements ?

Alors j'ai agi.

J'ai signé un compromis pour acheter une maison en Provence. Une vraie maison. Avec des volets amande et un figuier dans le jardin et une jolie piscine avec vue. La trouille, encore la trouille. Mais aussi ce sentiment incroyable et grisant que quelque chose de dingue était sur le point de se passer. Tout ça en espérant que j'allais dans la bonne direction.

J'ai passé mes 200 heures de formation yoga. (Un diplôme de professeur en poche, ça peut être utile pour la tête autant que pour développer le business… je reste Arménienne, hein, ne l'oublions pas !) J'ai fait des allers-retours Genève-Paris-Provence en mode carte liberté/grand voyageur.

J'ai vendu mon appartement, heureuse d'oser prendre ma vie de petite femme libérée en main. Mais la trouille de plus en plus grandissante de faire une énorme connerie évidemment et puis je vous passe les remarques de mon entourage inquiet... mais personne ne me retenait ici de toute façon, mon cœur était vide…

Et puis, quelques jours plus tard, un truc fou s'est produit : un type a débarqué dans ma vie et il a tout chamboulé.

Je ne l'avais pas vu venir. Vraiment pas.

Il ne ressemblait en rien à l'homme que j'avais imaginé ou écrit dans mon roman. Pas le mec à la check-list parfaite qu'on a toutes un jour posée sur papier, rien qui coule de source, du moins pour moi. Non. C'était un type dans une situation compliquée, intense, imprévisible. Celui que d'habitude je n'aurais jamais laissé approcher.

Riez… vous le pouvez.

En moins de six mois, ce gars-là m'a prouvé que celui que je cherchais dans les livres — et ailleurs — était encore mieux que je ne l'avais rêvé. Il a bousculé autant ma check-list que mes à priori, et heureusement !

Parce qu'il était réel. Parce qu'il était là. Parce qu'il m'a aimée pour de vrai, sans contorsions, sans double vie, sans faux-semblants.

Après mûre réflexion, 53 cafés serrés, sa brosse à dents dans le pot et son pyjama Spiderman sous l'oreiller (oui j'ai bien dit Spiderman) — et quelques nuits blanches —, j'ai annulé la maison en Provence, sachant que c'était avec ce beau brun aux yeux verts que j'allais finir ma vie.

Et devinez quoi ?

Deux jours plus tard, littéralement, j'ai trouvé un job à deux rues de chez moi. Avec une petite blonde qui ouvrait le studio de yoga dont j'aurais rêvé. Une fille du Sud. Un vrai soleil. Qui m'a fait confiance sans me connaître. Qui, elle aussi, cherchait à vivre son rêve.

Mon amoureux a emménagé. On cherche une maison ensemble. On va faire un bébé.

L'avenir n'a jamais été aussi beau et aussi incertain à la fois. C'est le bordel et la sécurité de fondations solides en même temps. J'ai repris ma plume plus inspirée et mes journées commencent à ressembler à un quotidien que je n'osais qu'imaginer !

Enfin... il nous manque encore une maison à trouver pour le 1er juillet, parce que l'appartement, lui, est toujours vendu.

Si je partage avec vous tout ce blabla aujourd'hui, c'est pour vous dire qu'À la lumière du petit matin ne m'a pas juste divertie un soir de doute. Il m'a secouée. Il m'a donné le courage de me remettre en route.

Parce qu'Agnès Martin-Lugand écrit sur ce que peu de gens osent dire tout haut : que parfois, on s'accroche à des vies qui ne nous appartiennent pas ou plus. À des amours qui nous détruisent à petit feu. À des villes qui nous étouffent. À des certitudes qui sont juste des cages dorées.

Un jour, si vous le pouvez, ayez le courage de faire ce pas. Le premier qui va vous permettre de vous défaire des convenances, du petit confort qui n'en est en fait pas un. De tout lâcher. De vous jeter dans le vide sans filet.

Parce que c'est là, dans ce saut, que la vraie vie commence.

Chère Agnès, MERCI d'avoir écrit ce roman. Merci d'avoir mis des mots sur ce que je ressentais sans savoir le nommer. Merci de m'avoir donné le courage de bouger.

Parce que sans ce livre, j'y serais peut-être encore, assise sur ma terrasse un café froid à la main en fumant des Parisiennes vertes. À attendre. À espérer. À rêver ma vie au lieu de la vivre.

Avec un type qui ne m'assumait pas. Dans une vie qui ne me ressemblait plus. Avec ce sentiment étouffant que rien ne changerait jamais.

Mais j'ai lu votre livre. Et j'ai bougé. J'ai commencé par un micro-mouvement et tout a changé…

Pas comme je l'avais prévu. Pas du tout, même. Mais en mieux. Tellement mieux.

Aujourd'hui, votre roman, je le dépose dans la boîte à livres sous les arbres, devant les vignes et le lac. Pour celle et ceux qui se sentent coincés dans une vie qui ne leur ressemble plus. Pour celles et ceux qui ont peur de sauter et qui ont besoin d'un ami pour leur donner la dernière impulsion.

Pour celles et ceux qui attendent un signe.

Ce livre est votre signe.

Sautez !

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