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Nos Racines Nomades

  • Photo du rédacteur: Leslie Garoyan
    Leslie Garoyan
  • 30 août 2025
  • 3 min de lecture

Nos Racines nomades : « Je revenais des autres" de Mélissa Da Costa, ou l'art de fleurir en terre étrangère


« Nos racines ne sont pas dans notre enfance,

dans notre sol natal, dans un lopin de terre,

ni dans la prairie enclose où jouent les enfants de la maternelle.

Nos racines sont en chaque lieu que nous avons un jour traversé. » 


Cette citation d'un poème, offerte par le vieux Wilson à Ambre au moment des adieux, pourrait servir d'épigraphe à tout ce que la littérature contemporaine tente de saisir de nos existences déracinées.

Avec Je revenais des autres, Mélissa Da Costa signe un roman qui vibre de cette vérité simple et bouleversante : nous ne nous appartenons vraiment qu'une fois dispersés aux quatre vents.


Le livre s'ouvre sur Ambre, vingt et un ans, les bagages lourds et l'âme en miettes, qui débarque dans la petite station de ski d’Arvieux, dans les Hautes Alpes, pour y travailler comme saisonnière. Six mois pour se reconstruire, six mois pour apprendre que la résilience n'est pas un état mais un mouvement perpétuel, une montagne qu'on gravit par plateaux successifs. Car voilà bien le génie de Mélissa Da Costa : elle refuse la linéarité de la guérison, cette fausse promesse d'un mieux-être qui ne connaîtrait ni rechute ni vertige. Ambre, son héroïne, progresse par soubresauts, par « ascenseurs émotionnels très difficiles et compliqués », portant ses chaînes et ses boulets d'un plateau à l'autre, nous rappelant que grandir, c'est d'abord apprendre à danser avec ses blessures.

Autour d'elle gravite une constellation de personnages magnifiquement ciselés : Rosalie, Andrea, Tim, Anton, Wilson, tout ce petit peuple de l'hôtellerie de montagne qui forme une famille de fortune. Chacun porte sa part d'ombre - les cuisiniers fatigués, les commis rêveurs, les propriétaires aux airs de sauveurs, sans oubliés ces hommes calculateurs qui « laissent des traces indélébiles ».

L’autrice excelle dans l'art du portrait en quelques traits, révélant les fêlures sous les sourires de service, la solitude sous les uniformes. Ces personnages ne sont ni des saints ni des salauds, mais des êtres humains dans toute leur complexité contradictoire, offrant chacun à leur manière « une réponse, pas gnangnan, mais surtout un espoir du fait qu'il faut croire en la vie ».

L'écriture de Mélissa Da Costa possède cette qualité rare : elle ne prétend pas consoler à bon marché. Quand elle convoque Le Petit Prince - « Ce serait folie de haïr toutes les roses parce qu'une seule épine vous a piquées » -, ce n'est pas pour servir une leçon de morale édulcorée, mais pour rappeler que l'amour véritable, celui qui apprivoise, exige du temps et de la patience. Le renard y gagne « à cause de la couleur du blé », et nous, lecteurs, nous gagnons à suivre Ambre dans sa lente métamorphose, qui je l’espère, viendra réveillez la vôtre.

Car, si Je revenais des autres est avant tout un roman d’apprentissage - non pas celui, convenu, du passage à l'âge adulte, mais celui, plus subtil, de l'acceptation de soi. Il évite surtout les écueils du développement personnel déguisé en fiction pour offrir une méditation profonde sur ce qui nous constitue. L'amitié, l'amour, la capacité à « aimer pour de vrai » s'y déploient sans emphase, dans la simplicité des gestes quotidiens partagés entre collègues de travail devenus complices de vie.

Le style de l'autrice, entre oralité et lyrisme, entre urgence et contemplation, épouse parfaitement son propos. On sent battre sous chaque phrase cette « fougue » sincère qui refuse les artifices, cette volonté de dire juste et vrai. Elle maîtrise l’art, de ce que je trouve personnellement difficile, de l'émotion sans pathos. La gravité sans lourdeur. Son livre traverse le lecteur « pendant trois jours », le temps de comprendre que nos racines les plus profondes poussent souvent en terre d'exil.

Je revenais des autres n'est peut-être pas de ces livres que j’appelle « bonbon » et que l’on tend à n'importe qui en disant "lis-le absolument, ça va changer ta vie" ». Il est de ceux, plus rares et plus précieux, qui nous accompagnent discrètement, qui font écho à nos propres errances et nous rappellent cette évidence trop souvent oubliée : demain nous réserve toujours d'incroyables surprises. Dans un paysage littéraire souvent cynique, je crois que je voudrais dire simplement merci à Mélissa Da Costa qui ose encore croire en la beauté du monde et en notre capacité à nous réinventer. « Faites confiance à demain », nous souffle-t-elle. Et venez planter vos racines dans l'étranger, qui deviendra vôtre pour toujours.


Je revenais des autres, Mélissa Da Costa - Un roman qui ne quitte pas, comme ces lieux traversés qui nous transforment à jamais, qui deviendront à vous pour toujours et qui feront de vous un peu plus ce que vous vous apprêter à devenir demain.

 
 
 

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